Mardi 26 août 2008
L'Argentine est un drôle de pays. Déjà, sa superficie énorme, équivalente à 5 fois la France. 3700 km du nord au sud, et seulement 39 millions d'habitants, dont 12 vivent à Buenos Aires et sa couronne. 


 Une palette de paysages, de particularismes régionaux, de populations, de climat. Son histoire, la conquista, les guerres d'indépendance, l'immigration massive, la dictature....y a gravé des empreintes différentes selon les régions.
 Cette histoire, elle est récente, c'est un pays neuf. Les premiers habitants, les indiens, n'y sont arrivés qu'en 10 000 av J.C. Lorsque les espagnols arrivent au début du XVI ème siècle, ils ne découvrent que des tribus de nomades, chasseurs, cueilleurs. L'indépendance du pays n'a été proclamée qu'en 1816 et Buenos Aires n'est capitale de l'Argentine que depuis 1862.
 
Buenos Aires, quels rêves ne génère t'elle pas cette ville mythique aux multiples visages, qui se démarque complètement du reste de l'Argentine. La bonne blague qui se raconte dans le pays : Les mexicains descendent des aztèques, les péruviens des incas...et les argentins? ils descendent des bateaux...!! illustre assez bien l'origine européenne des argentins, notamment des portenos ( habitants de Buenos Aires).

 La fin du XIX ème tente d'absorber une immigration européenne ( dont 50% d' italiens ) qui atteignait jusqu'à 40 000 entrées par an. Du coup la ville est trés européenne. Et les portenos s'en réclament de cette europe à laquelle ils ont tant voulu ressembler. De cette époque révolue qui suscite peut être la nostalgie de cette Argentine qui a fait rêver l'Europe, il en reste quelques traces

Aujourd'hui, c'est  dans la capitale fédérale, comme ils disent ,qu' est centrée une grande partie de la vie économique ( elle concentre 75% de la richesse), politique et culturelle. Tiens, une autre blague...  " Dieu est partout, mais reçoit seulement à Buenos Aires" ..... La ville, énorme capitale, se découpe en quartiers bien distincts. Le Microcentro, quartier financier et des affaires, arbore ses gratte-ciel , ses commerces et ses coupoles.

 

 Puerto Madéro, ses anciens entrepôts en brique reconvertis aujourd'hui en restaurants.
 
L'avenue du 9 juillet, l'avenue la plus large du monde et son obélisque, voient passer autant de véhicules et d'oxyde de carbone que le bon Dieu peut en bénir grâce à ses voies de circulation qui vont parfois jusqu'à 16.

et de la pub.....  
Le quartier Congreso,  qui témoigne d'une fin de XIX ème S et du début du XX placés sous les auspices d'une nation riche et cultivée avec la construction de bâtiments énormes et plantureux  dont le fameux teatro Colon, malheureusement fermé pour travaux pour 2 ans, qui parait il, a été construit en France et expédié en pièces détachées jusqu'à Buenos Aires où elles ont été assemblées, le palais de justice et le congrés.


La plaza Mayo, qui fut le premier lieu construit à Buelos Aires garde la trace d'une époque coloniale.
Elle disparait parfois sous un voile de brouillard
 
Mais surtout, elle est marquée par la vie politique, sans doute par la présence de la casa rosada ( palais présidentiel). 
Elle a vécu les grands moments historiques de la ville, les grands rassemblements du régime péronniste entre autres. C'est ici que se regroupent chaque jeudi, les mères de la place de mai qui réclament la vérité sur les disparus de la guerre sale, 

et c'est encore là que se déroule aujourd'hui les manifestations.
 
Vous avez vu les banderoles? Ca ne vous surprend pas ?
Nous, quand on est arrivé, on n'a rien compris. Péron, pour nous c'est "le méchant". Comment aujourd'hui se réclamer du péronisme? comment encore idôlatrer Evita? Pas si simple. En fait pour les argentins, la dictature, c'est la dernière, celle de Vidéla, l'époque de la guerre sale, des 30 000 disparitions sur lesquelles les mères de mai réclament  la vérité. Les Péron ? oui, c'étaient des dictateurs, mais ils ont beaucoup fait pour le pays, pour le social: autoriser les syndicats, étendre les droits politiques aux ouvriers, accés à tous à l'enseignement universitaire, droit de vote aux femmes, services de trains et bus médicaux qui sillonnaient le pays ......alors depuis 20 ans, la plupart des partis politiques se disent péronistes, s'inspirant du bon côté du régime bien sur....
 
Du coup, on comprend mieux le culte voué à Evita, dont le vatican a reçu pléthore de demandes de béatification...!!!!! mais faut peut être pas éxagéré, quand même!!! 
 
Les autres sur la banderole, c'est le Ché, bien sur, il est partout en Argentine,

et l'autre c'est Tupac Amaru II, péruvien et métis ( son père était indien). Il incarne la lutte pour l'indépendance, puisqu"il s'est battu contre les espagnols  et est devenu un emblème pour les populations aborigènes 
 
 
La politique en Argentine est un peu compliquée. C'est une femme qui est aujourd'hui au pouvoir, Cristina Fernandez Kirchner, qui a succédé à son mari, Nestor Kirchner. Comme ça c'est une affaire qui reste en famille!!!  En fait, il n'y a que 20 ans que s'est terminée la dernière dictature ( la plus terrible) . Ensuite a eu lieu la guerre des Malouines qui a profondemment marqué le pays, ( Ci-dessous un des nombreux témoignages de la guerre. Les Malouines aux anglais, c'est toujours pas digéré)

puis est arrivé le gouvernement Ménem qui a duré 10 ans et s'est avéré desastreux.
Depuis les dirigeants essaient de sauver l'économie du pays. C'est pas simple...Il faut ajouter l'influence des propriétaires d' estancias (grands domaines d'élevage) et d' haciendas (grands domaines agricoles) qui détiennent depuis trés longtemps une grosse partie du pouvoir économique ...financier...et politique. Ca paye la viande et le vin en Argentine.

 Ils ne sont pas nombreux et se partagent la pampa argentine qui recouvre la grosse majorité du pays. Lorsque nous sommes arrivés en Argentine un bras de fer entre eux et le gouvernement Kirchner était en train de se jouer. Il a commencé en mars et même si la situation s'est un peu calmé, ce n'est pas fini. Cristina, qui voulait toucher à leurs finances y a laissé des plumes.  Enfin, il faut également ajouté une grosse population pauvre qui vit dans les taudis des "villas"de la couronne de Buenos Aires et à l'intérieur du pays.
 
 
Mais revenons à nos boeufs( désolés mais ici il y a plus de boeufs que de moutons. Les moutons, ils sont en Patagonie!)
 
Buenos Aires, c'est aussi le quartier populaire de La Boca où vivaient les immigrés.espagnols et italiens au XIX ème S. Ils trouvaient ici du travail dans l'industrie économique la plus importante d'Argentine: la viande puisqu'il y avait là un port trés actif. Ils vivaient dans des maisons en tôle, qui,un jour, sur l'initiative d'un homme du quartier,Quinquela Martin, furent peintes avec les peintures que chaque habitant trouvait, d'où un échantillonage de  couleurs vives qui font le charme de ce quartier devenu trés touristique
 

Et là il y a même des sirènes et des lamas...


C'est dans les. quartiers populaires comme celui-ci, là où la population était essentiellement masculine qu'est né le tango.

 Issue des rythmes africains, espagnols et européens, cette danse, sensuelle  s'inspire de la force virile, du désir sexuel et de la nostalgie du pays quitté et du rêve déchu d'une nouvelle vie. Le tango se danse  alors dans les bouges,
souvent entres hommes et demeure boudé de la société argentine jusqu'à ce qu'il acquière ses lettres de noblesse en Europe...!!! Peu à peu, l'arrivée d'Allemagne du bandonéon, l'ajout du piano, la voix de Carlos Gardel (autre idole partout présent), la musique de Piazzola va enrichir cet emblème de Buenos Aires.

Même si l'église interdit le tango en 1929 et que Carlos Gardel meure en 1935, le tango est encore partout présent à Buenos Aires. comme ici à San Telmo.

 
Buenos Aires c'est aussi la Recoleta et son cimetière délirant.

Mais de quel orgueil souffrent donc les hommes!!! Ont ils lu cet écrit d'Ernesto Sabado " L'homme du tango est un être profond qui médite sur le passage du temps et sur ce que, finalement, ce passage nous apporte: la mort inexorable....."?
 
Le caveau d'Evita Péron est le plus visité, il y a un attroupement perpétuel devant.
 
Mais Buenos Aires, c'est aussi le foot, religion nationale, Maradona est un Dieu. Les enfants sont parfois inscrits dans les clubs avant leur naissance et attention ...une autre petite phrase" on peut changer de religion, de parti politique, de profession ou d'épouse, mais jamais de couleur de maillot..."c'est aussi, les asados, grillades de viande dont on se fait une orgie. La viande est délicieuse et coûte moins cher que les légumes, c'est la gentillesse et la chaleur des portenos même si  le reste de l'Argentine les considère comme hautains et regardant du haut de leurs racines européennes, les autres latino américains, et c'est bien d' autres choses encore.


 Buenos Aires, il faudrait des mois et des années pour partager son âme  mais déjà on succombe à son charme. Ce qui nous empêche pas, à chaque fois que l'on revient de Buenos Aires, d'apprécier la quiètude de Tigre.... 

 
Par plume de lune - Publié dans : plumedelune2
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