"La Bolivie, c'est le pays le plus riche du monde et le plus pauvre aussi"
Et non, ce n'est pas une énigme du sphinx, ce n'est que la triste réalité d'un merveilleux pays, énoncée par un ancien mineur de Potosi......
mais je ne vais pas anticiper, on va commencer par le début.
De Puno au pérou, la frontière bolivienne est toute proche.
Il suffit de longer le lac Titicaca pendant 3 heures et nous arrivons à Copacabana, petite ville bolivienne qui traîne sa plage le
long du lac.
Il parait que c est suite à la promesse d'un marin égaré au large du Brésil que la célèbre plage de Rio porte le nom de cette ville....où
s'arrête la réalité et où commence la magie des légendes ? Copacabana est une petite ville tranquille aux moeurs religieuses un peu bizarres....Ici, on ressent d'emblée le
mélange des croyances. Le christianisme inculqué de force aux indiens n'a pas prit le pas sur les religions indiennes. Le culte à la Pachamama ( la terre mère ) et autres
dieux est aussi répandu que le sont les cérémonies chrétiennes dans les grandioses églises sud américaines.
Notre arrivée en Bolivie est haute en couleurs. C'est avec stupeur que nous assistons au déroulement d'un baptême de
voitures. Et oui, tous les jours un prêtre, vêtu des habits sacerdotaux, baptise les véhicules sur la place principale de la ville devant la magnifique cathédrale.
Voitures, cars, pelleteuses etc...aprés avoir été savamment décorés, ont tous droit à leur petit coup de goupillon d'eau bénite,
alors que les propriétaires, eux, se "goupillent" le gosier à la bière!!!!! Les nombreuses bouteilles alignées devant les véhicules témoignent que la cérémonie est bien bien
arrosée!!
Un chemin de croix amène les courageux au sommet d'une petite éminence.
Là aussi on ne comprend pas trés bien ce que font les femmes et les hommes qui brûlent objets et papiers sur des "autels" improvisés. Ils ont l'air de se recueillir avant de
redescendre. D'autres arrivent et se consacrent à une cérémonie identique. Ce va et vient discret nous interpelle. Là aussi de nombreuses bouteilles de bières vides.
Une famille bolivienne installée prés de nous va nous fournir l'explication. Les gens viennent ici,( par le chemin de croix
!!!!), apportent des offrandes à la Pachamama, leur mère à tous, et brûlent objets divers et demandes écrites afin que celle ci exauce leurs voeux ou bien la
remercient ainsi d'avoir répondu favorablement à leurs prières.... De même un mariage auquel nous assistons à la cathédrale est un savant mélange des deux croyances.
On est quand même bien dépaysé. Tout cela nous rappelle que le lac Titicaca fut un lac sacré des incas et que ce haut lieu de culte a
conservé sa magie jusqu'à aujourd'hui.
Il est vrai que l'image de cette étendue d'eau au milieu de hautes montagnes dont certaines sont enneigées, a déjà quelque chose de
magique. La civilisation inca ainsi que celles qui l'ont précédée pensaient que leurs divinités étaient issues des eaux du lac. Vous imaginez le soleil naissant, jaillissant des
eaux et glissant jusqu'au ciel d'où il régnera sur les hommes.... Justement, on va aller passer 2 jours sur l'île du
soleil et tenter de pénétrer cette magie.
Un bateau nous laisse au pied de l'île.
De là un escalier
inca qui compte plus de 800 marches mène au village de Yumani.
Au fur et à mesure, la vue sur le lac embellie.
Il est difficile d'apercevoir les sommets alentour dont un, le l'Illampu, domine à 6368 mètres.
De curieuses embarcations à voile se déplacent sur les eaux. Le soir on va
s'installer et admirer dans un véritable recueillement un magnifique coucher de soleil,
avant d'aller manger, en compagnie de Marie et Florent, une truite du lac accompagnée d'un petit vin bolivien.
Et oui pour ceux qui ne le savent pas les boliviens cultivent des vignes notamment dans la région sud de Tarija et certains vins comme le conception sont reellement trés bons. Et il y a
d'excellentes truites dans le lac!!
On déplore un peu le côté "je profite des touristes" de l'île: prix majorés pour le logement, droits de passage à différents endroits de
l'île.... Tout cela enlève un peu de poesie au site, mais c'est la rançon de la notoriété. En creusant un peu notre sentiment de déception, on se dit que c'est peut être plutôt
le rapport avec les boliviens qui nous perturbe. Depuis notre arrivée en Amérique du sud, on a rencontré que des gens chaleureux, même au Pérou où le tourisme est une véritable
économie. Les boliviens sont dans l'ensemble moins conviviaux. Mais, peut être s'agit il d'une attitude de reserve. Il y a 20 ans en arrière, les indiens ne regardaient pas les blancs
quand ils leur adressaient la parole. Empreinte de la colonisation?.... Sur l'île du soleil, on se heurte à des gens plutot pas trop sympas.On a perdu l'habitude, l'Amérique
du sud est un vrai plaisir question relations humaines!!!
On va quand même se faire de belles promenades dans l'île même si nous évitons les chemins principaux et ratons les sites
archéologiques. On va plutôt découvrir le côté sauvage de l'île et nous ne sommes pas déçus par les paysages.
Tiahuanaco se trouve à une vingtaine de kilomètres du lac. Une civilisation bien mystérieuse aurait occupé le site entre 700 av
JC et 1200 aprés JC, période à laquelle celle ci disparait. Ce qui est certain, c'est que cette civilisation fut brillante : connaissances astronomiques, ingénierie hydraulique, travail
des métaux, techniques agricoles, connaissances architecturales ...et tout ce que nous ne saurons pas, puisque le site a été pillé, dévasté, les trésors dispersés au travers la
planète ou détruits. Les plus gros blocs de pierre ont servi de soubassement aux monuments coloniaux ou ont ete utilises pour stabiliser le terre plein de la ligne ferroviaire de la Paz.
Peut être un espoir: une toute petite partie seulement du site a été fouillée.... Il s'agirait de la plus grande réalisation architecturale mégalithique préinca d'Amérique du sud.
L'originalité des ruines a donné naissance a des lègendes de géants, d'extraterrestres et a inspiré Hergé pour son album Tintin et le temple du soleil.
La Paz, la plus haute capitale du monde est surprenante. Nous arrivons en car par une grande plaine.
Tout à coup apparaît la ville. Accrochés aux parois d'une gorge, des milliers de maisons en briques s'étagent de 4000 M.d'altitude jusqu'au fond du ravin à 3200 M. La vue
est à couper le souffle.
2 millions et demi de personnes vivent ici. C'est une ville épuisante, ça grouille de partout, les rues sont occupées par des milliers de véhicules qui klaxonnent en continue, les
trottoirs sont noirs de monde, l'air est irrespirable....mais c'est une ville envoûtante.
Dans son centre ville, nous avons aimé déambuler rue aprés rue dans une atmosphère incroyable. Les marchés et les trottoirs qui nous rappellent l'Afrique,
le quartier des sorcières ou celles ci vendent foetus de lamas, becs de toucans, bestioles bizarres, amulettes, herbes medicinales...... c'est comme nos sorcières du temps
jadis....
Je vous grossis la scène.....
Quand on construit une maison, on place un foetus de lama dans les
fondations, ça porte bonheur!!
de beaux bâtiments de temps à autre.
On avait quand même la chance de rejoindre chaque soir, éreintés, un petit hotel calme, avec chambre donnant sur un patio....
Malgré son nom,( La Ciudad De Nuestra Senora De La Paz,) cette ville a été le thêatre de bien des violences, l'histoire politique de la
Bolivie étant aussi étourdissante que cette ville. 190 changements de président depuis 1825, date de son indépendance, dont beaucoup ont quitté le palais présidentiel les pieds
devant......beaucoup de dictatures, de tortures, de disparitions. Le XIXème siècle a vu le pays se réduire de moitié par la voracité de ses voisins. L'accés à la mer lui fut supprimé par
le Chili qui s'empara du désert d'Atacama et de son or, son salpêtre et son cuivre. Au nord les bois d'hévéas leur furent enlevés par les Brésiliens réduisant à néant l'exploitation du
caoutchouc, l'Argentine et le Paraguay enlevèrent le sud du pays où on avait découvert des gisements de pétroles. Le XX ème siècle a été marqué par la lutte d'un peuple esclave ( mines,
agriculture etc...) pour se libérer du joug des barons des mines, des grands propriétaires terriens et des entreprises étrangères et retrouver la dignité qu'un véritable système
féodal leur empêchait de recouvrer. La dignité humaine, certes, mais aussi celle de leur pays. Alors ce furent la création de mouvements révolutionnaires, des combats de rues, des
insurrections, des morts, beaucoup de morts, celle du Che, exécuté dans le maquis Bolivien... Des résultats parfois, mais la corruption régnait en maître et le marasme économique était tel
que la difficulté de relever le pays était un véritable défi.
Aujourd'hui, le défi, c'est un indien Aymara qui l'a lancé. Evo Morales, élu président de la Bolivie en 2005.
La cérémonie d'investiture a eu lieu à Tiahuanaco, haut lieu de la symbolique indigène, où il a été intronisé chef suprême des indiens des
Andes. Les indiens relèvent la tête. Ensemble ils essaient de retrouver leur culture, leurs traditions,leur identité indigène et leur dignité. Ce mot on l'a vu inscrit à la peinture sur des
centaines de murs comme si c'était le principal espoir qu'il fondait en Evo. " Evo rend nous notre dignité". Réformes agraires, réformes démocratiques, une nouvelle constitution en préparation,
c'est un pays qui bouge...
Mais ce n'est pas non plus un conte de fées, Morales dénonce les ingérences étrangères, s'efforce de reprendre le contrôle des ressources
naturelles du pays, nationalise l'industrie énergetique de la Bolivie. Si les indiens sont avec lui, les boliviens criollos de l'est du pays, où se trouvent le gaz et
le pétrole veulent leur autonomie et de nombreux conflits violents ont secoué le pays. Ceux ci sont soutenus par les américains. Cette année, Morales a mis dehors l'ambassadeur
américain. Les Etats Unis souhaitent l'éradication de la coca, pour eux c'est le produit qui sert à la fabrication de la drogue. Pour les indiens la coca est une
plante sacrée depuis la nuit des temps, c'est une plante médicinale intéressante pour ses différentes vertus et les boliviens l'utilisent pour lutter contre les méfaits de l'altitude, la
fatigue du travail dans les mines par exemple. Morales veut rendre la culture de la coca de nouveau licite. Et puis moi je me dis que la coca y'en a plein le coca-cola,
alors c'est quoi cette hypocrisie américaine.......et puis une tisane de coca le soir aprés le repas, ça fait digèrer, alors quoi......!!!
Il y a vraiment trop à dire sur cette Bolivie méconnue, alors suite du voyage sur le prochain article. Pour l'instant je m'accorde un repos
avec Maté de coca......