Nous quittons La Paz pour aller faire un tour à Coroico qui se niche dans la région des yungas.Cette région fait la transition entre les
Andes et le bassin amazonien. Aprés tous les deserts et les zones arides que nous avons traversés depuis le début de notre périple, nous allons retrouver des forêts et la
luxuriance de la végétation.
La route qui relie La Paz à Coroico, la fameuse route de la mort, est réputée pour le nombre important de véhicules de tout genre qui
ont sombrés dans le ravin. Il parait que c'est la route la plus dangereuse au monde.
Aujourd'hui elle est un peu moins fréquentée car une nouvelle route a été construite et contrairement à l' ancienne, ce n'est pas qu'un chemin de terre et les véhicules peuvent s'y croiser !!!!
la vieille route fait aujourd'hui le plaisir des VTTistes qui se font monter le taux d'adrenaline.... Nous, nous choisissons le car, en ayant toutefois un petit regret pour la vieille
route qui doit être spectaculaire. Le car est plein. On explique au vendeur de billets qu'on aimerait être devant pour profiter du paysage...et on se retrouve dans la cabine du
chauffeur..... en fait on est 6 dans cette petite cabine: Clemente le chauffeur, celui qui s'occupe des billets, une femme avec ses bagages, un enfant, et nous....avec nos sacs...!
Le chauffeur a l'intention de prendre la vieille route, on est plutôt content. Mais le temps est détestable et son second n'est pas d'accord. La décision est prise, c'est trop
dangereux, on prend la nouvelle route. Quand même, on descend de 4000 à 1750 mètres, le ravin est bien bas et le nombre de croix sur le bord de la route terrifiant. Certains
virages semblent atteindre des records, ce sont de vrais cimetières....Clemente a fait le signe de croix, j'ai presque envie de faire le mien!!!!!! peut être que c'est une bonne idée
d'avoir pris la nouvelle!!!
On arrive à Coroico, petite ville bien calme au milieu d'une végétation fabuleuse.
On est surpris de croiser des boliviens noirs. Noirs noirs? oui, noirs noirs, mais avec le costume traditionnel bolivien et le chapeau melon.
En fait il s'agit des descendants des milliers d'esclaves africains arrachés de leur pays par les espagnols pour venir travailler dans les mines de Potosi et remplacer
les indiens qui mourraient en grand nombre. Par ailleurs, suite à la contreverse de Valladolid, le pape venait de reconnaître une âme aux indiens. Les africains, qui eux,
étaient censés ne pas en avoir, faisaient bien l'affaire pour aller mourir dans l'enfer des mines. En fait, l'âme retrouvée des indiens ne leur servie pas à grand chose,
car, en réalité, ils continuèrent comme avant à descendre sous terre, mais cette fois, avec leurs nouveaux compagnons africains.
On atterrit dans une petite pension tenue par un suisse allemand et une bolivienne. Ils sont végétariens, complétement soixante huitards,
et cet endroit est un vrai bonheur .
Heureusement, parce qu'il va pleuvoir pendant 3 jours!!!!! On va quand même se balader un peu, mais on est trés limité par la pluie.
Alors on se repose, le lieu est parfait pour cela.
Retour à la gare routière de la Paz où dans la foulée nous devons prendre un car pour Sucre. J'ai une tourista carabinée, je suis
lessivée. Du coup je relâche ma vigilance et un sac à dos va disparaître en quelques secondes. A l'interieur mon cahier de voyage que j'écrivais chaque jour, que j'illustrais de cartes, et de
documents divers, les clefs USB avec les photos du voyage et plein d'autres choses encore.... j'en suis malade, je suis en colère contre nous de notre manque d'attention et il va me
falloir beaucoup de temps pour digèrer. En fait quand je me suis, trés tardivement, décidée à mettre le blog à jour, j'avais vraiment les nerfs en pensant à toutes les
photos que je voulais partager et mettre en ligne et qui sont parties en fumée quelque part à La Paz....la digestion n'est pas totale !!!
Sucre est une jolie ville. C'est l'ancienne capitale du pays fondée en 1538 par les espagnols. A l'époque la Bolivie n'existait pas
encore, c'était le haut Pérou.C'est dans cette ville que naquirent les premiers mouvements pour l'indépendance de l'Amérique du sud et c'est ici que fut proclamée en 1825, la
"république Bolivar" en hommage à Simon Bolivar, le libérateur. Bolivar écrivit ici la première constitution, modèle de justice et de grands idéaux, mais qui ne fut jamais appliquée
et c'est ici qu'il fut président quelques mois. Mais il rêvait de l'unification de l' Amérique du sud et réalisant que celà n'arriverait jamais, il se retira et laissa le
pouvoir au marechal Sucre, colibérateur du pays ,qui lui ,s'affranchit totalement de ce semblant d'unité en rejetant l'autorité de Buenos Aires. La Bolivie est née.
Sucre, capitale délaissée à la fin du XIX ème siècle au profit de la paz, dégage une atmosphère de calme et nous incite à flâner le long de ses bâtiments blancs .....
de son marché.....
Il existe non moins de 400 espèces de pommes de terre .....

des fruits tropicaux à foison
et des petits pains speciaux
pour la fête des morts... avec effigies en hommage aux personnes décédées
et des rayons boucherie à faire frémir nos services vétérinaires....
Aprés avoir vu la reproduction de la tour eiffel
( non, c'est pas une blague...) on découvre une super adresse. Si vous avez besoin un jour d'un avocat.....
De Sucre, nous partons rejoindre Marie et Florent à Potosi. Eux reviennent de la jungle, on aura bien des choses à se raconter. Les
filles vont pouvoir faire les clowns......
A l' auberge, on rencontre Olivia et Thomas. Comme Marie et Florent, ils sont partis voyager pour plusieurs mois. Equipe d'enfer, parfois
rejointe par Emilie et Raphael, baroudeurs aussi, on va se passer des moments fantastiques, soirée guitare et chants, jeux, rigolades mais aussi discussions sérieuses......
Mais on est trés vite pris par l'ambiance et l'histoire de la ville de Potosi.
En plus il y a la fête de la ville dans quelques jours et c'est le grand nettoyage!!!
On monte boire un verre sur les toits.... spécial, certes
mais quel beau point de vue
Créee en 1545, elle fut la seule ville à recevoir ( de Charles Quint ) le statut de ville impériale et devint la plus grande ville des Amériques. Elle fut aussi importante que
Paris et Londres, grâce à la présence du Cerro Rico, " la colline riche" dont le ventre était rempli d'argent.
Pendant plus de trois siècles, les espagnols exploitèrent la mine d'argent du
Cerro Rico, le gisement le plus important du monde. L'argent extrait servi à financer l'économie espagnole, ses guerres, le train de la cour... mais profita aussi à toute l' Europe. Pour les historiens, l'apport de cet argent fut une des conditions qui permit le développement
du capitalisme et la révolution industrielle dans les pays européens.
Pendant plus de trois siècles, les indiens et les africains moururent dans les mines dans des conditions atroces. On estime à 8 millions le
nombre de morts durant cette période, morts provoquées par accidents ou par maladies. Les conditions de travail étaient inhumaines. Comme il fallait toujours plus d'argent, les
espagnols édictèrent une loi , la ley de la mita, obligeant les esclaves indiens et africains de plus de 18 ans à travailler 12 heures par jour, gratuitement bien sur!
!! . Pendant 4 mois, ils ne sortaient pas de la mine, travaillant, mangeant, dormant à l'intérieur, s'empoisonnant au mercure, mourant de la silicose. Au bout de 4 mois,
ceux qui en réchappaient sortaient les yeux couverts pour que leurs yeux ne soient pas aveuglés par la lumière du soleil.
Aujourd'hui la mine continue d' être exploitée mais il n'y a pratiquement plus d'argent. D'autres minerais et métaux comme l'étain, le
zinc ou le plomb l'ont remplacé. Les mines sont organisées en coopératives, mais le rendement étant faible et le prix des métaux suivant les cours du marchés qui s'effondrent régulièrement,
les mineurs sont loin de faire fortune. Le matériel, explosifs y compris, carburant pour l'éclairage etc .... sont à déduire de leurs maigres salaires. Et même si chaque soir,
ils quittent les entrailles de la terre pour rêver d'un autre destin sous un ciel étoilé, les conditions de travail sont toujours aussi terribles. Dés lors qu'il descend dans la mine,
le mineur sait que sa vie n'excèdera pas 10 à 15 ans.
Alors pourquoi? pourquoi vont ils à la mine? .... l'espoir de trouver un bon filon, la tradition d'être mineur de père en fils, le fait
d'avoir un travail......Alors chaque matin, ils achètent chacun un sac de coca pour y puiser la force nécessaire.
Les tour - opérateurs de Potosi proposent la visite des mines. Evidemment, la
démarche n'est pas facile. Est ce que ce n'est pas faire preuve de voyeurisme, est ce que ce n'est pas jouer au touriste qui de son confort quotidien va tenter de vivre 4 heures d'enfer ? mais
ça peut aussi être une façon de savoir de quoi on parle, essayer de percevoir concrétement un peu de la terrible réalité de ces boliviens.
C'est parti, on part à la mine.....Aprés habillage obligatoire,( oh, ça rigole pas),
on achète coca, soda et dynamite pour offrir aux mineurs.
on part en chantant la chanson des sept nains, même si on n'est que 6......
On arrive sur place, l'entrée de la mine se trouve à 4300 mètres d'altitude....là on rigole encore....ça va pas durer
longtemps.....
On pènètre dans la galerie, on essaie de ne pas glisser dans la boue, pour l'instant on tient debout. Il ne fait pas trop chaud.
On avance, petit à petit la hauteur du plafond baisse, on doit se plier en deux. Un bruit de tonnerre qui s'approche. Le guide nous fait plaquer à la paroi, c'est un wagonnet qui passe,
poussé par des hommes au visage émacié et suant.
Des vapeurs nocives nous prennent au nez et à la gorge.
Il faut mettre le masque et se protèger des poussières de silice, des gaz d'arsenic, d'acetylène, des poussières d'amiante.....On va descendre de 200 mètres,( les galeries descendent
jusqu'à 400 mètres ), il commence à faire une chaleur etouffante et éprouvante ( on atteint 45° dans les galeries inférieures où heureusement nous n'irons pas !). Tout à coup je sens
la panique qui m'étreint, à 4300 m, on respire mal, on se fatigue vite, je suis pliée en deux avec le masque qui me gêne pour respirer . On est à 2 heures de l'entrée, idem de la
sortie, les galeries sont étroites. Angoisse. Je prends sur moi, j'essaie de retrouver une respiration normale et je me sermonne .... tout à coup, la hauteur revient, je peux me redresser, je
respire, le calme revient. Bon dieu, quelle chance on a de ne pas être né à Potosi .
Une chose qu'elle est belle...!!!!
On arrive devant un trou dans le mur de la galerie, cette fois on rampe carrément pour arriver dans une petite caverne. Les mineurs croient au
diable, qui vit sous terre.
Alors ils lui donnent une image
et pour que celui-ci les protège et leur soit bienveillant, ils font des offrandes. Les mineurs lui offrent cigarettes, alcool et feuilles de coca.
Le vendredi est le jour des offrandes et c'est aussi l'occasion d'oublier leur malheureuse vie en partageant un peu d'alcool avec le Tio comme ils l'appellent. Et chaque année a lieu une
fête pendant laquelle les mineurs demandent la protection de la Pachamama. Elle aussi a droit aux feuilles de coca et à l'alcool. Ils sacrifient également un lama dont le sang va être
répandu autour de l'entrée de la mine. L'estomac, les pattes et la tête du lama sont enterrés en offrande à la terre mère. Ensuite, ils font un bon barbecue avec la viande.
Enfin, on se retrouve à l'air libre, 4 heures sous terre, c'est amplement suffisant.
On se demande comment les hommes qui y séjournaient 4 mois pouvaient tenir sans devenir fous. Moi, je serais devenue folle à lier, c'est sûr....
On est tous un peu perturbés, un peu secoués, nos visages le prouvent. On se dit qu'on n'oubliera pas. Avoir lu Germinal, c'est une
chose, toucher du doigt la réalité en est une autre. On a bien fait d'y aller.
Maintenant on va profiter de la ville. Les mines firent sa richesse.De cette période de splendeur, il reste des monuments magnifiques
dont l'hotel des monnaies
et 80 églises......
Charles Quint lui donna pour devise
" Je suis la riche Potosi, le trésor du monde, la reine des montagnes et la convoitise des rois"........ Quel aurait été le destin du monde si
le Cerro rico avait gardé son secret ?
On se prépare pour le clou du voyage, le salar d'Uyuni et le Sud Lipez......à suivre